Fin de la Community Edition : un tournant majeur
MinIO met fin à sa Community Edition en 2025, une décision qui bouleverse l’écosystème du stockage objet open source. Retour sur ce changement stratégique et ses conséquences pour les infrastructures auto-hébergées.
Comprendre la rupture annoncée
Depuis plusieurs années, MinIO Community Edition était une référence dans le monde du stockage objet S3-compatible. Léger, rapide et hautement performant, il permettait aux entreprises d’auto-héberger leurs données sans dépendre des grands clouds américains.
Mais en 2025, MinIO Inc. a officiellement annoncé la suppression de la Community Edition, accompagnée d’un changement radical de licence et de stratégie :
- Fin du support public et des mises à jour pour la version open source.
- Suppression définitive de l’interface d’administration graphique (console web).
- Réservation de l’ensemble des fonctions avancées (monitoring, gestion des identités, multi-tenant) à la version commerciale sous abonnement.
Ce virage marque la fin d’une ère : celle où MinIO incarnait une alternative libre et complète à Amazon S3, parfaitement adaptée aux projets on-premise ou hybrides.
Une décision contestée par la communauté
Ce changement de cap a provoqué une onde de choc dans la communauté DevOps. Beaucoup d’administrateurs utilisaient MinIO CE pour :
- leurs clusters privés S3 ;
- la sauvegarde Proxmox Backup Server, Nextcloud, ou WordPress ;
- des solutions auto-hébergées orientées sobriété numérique.
La suppression du support libre laisse ces infrastructures orphelines de mises à jour de sécurité et pousse les utilisateurs vers des offres payantes, souvent inadaptées aux petites structures.
Dans les faits, la version « Community » cesse d’exister en tant que telle : le code reste visible, mais désormais sous contrôle étroit de MinIO Inc., avec des restrictions contractuelles fortes sur la redistribution et la maintenance indépendante.
Un signal pour tout l’écosystème open source
La disparition de MinIO CE illustre une tendance plus large : la fermeture progressive des grands projets open source commerciaux, poussés par des impératifs économiques.
Elle rappelle le précédent d’Elastic Search, Redis Labs ou MongoDB, qui ont tous modifié leur licence pour limiter l’exploitation gratuite par les hyperscalers.
Cependant, cette évolution ouvre aussi la voie à une nouvelle génération de solutions communautaires et européennes, comme Garage, qui replacent la souveraineté, la légèreté et la transparence au cœur de leur démarche.
MinIO, de solution open source à modèle commercial fermé
En 2025, MinIO tourne définitivement la page de son modèle open source. Derrière ce choix stratégique se cache une transformation profonde : du projet communautaire à la solution commerciale fermée.
De l’open source à l’open core
Historiquement, MinIO reposait sur une philosophie simple : offrir un stockage objet S3-compatible libre, robuste et minimaliste.
L’entreprise revendiquait même être « le serveur S3 open source le plus rapide au monde ».
Mais cette posture a progressivement évolué vers un modèle open core, où seule une partie du code reste publique, tandis que les fonctionnalités critiques deviennent exclusives à la version commerciale.
Depuis 2024, plusieurs signaux laissaient présager ce virage :
- la licence AGPLv3 avait été remplacée par une licence propriétaire restrictive ;
- les images Docker officielles ont été déplacées vers un dépôt payant ;
- la suppression de la console d’administration graphique a retiré une brique essentielle à la gestion quotidienne des instances.
L’édition « Community » n’était donc plus qu’un nom avant sa disparition complète en 2025.
Les motivations derrière cette fermeture
Les dirigeants de MinIO justifient cette décision par la protection de leur modèle économique : selon eux, des géants du cloud exploitaient librement le projet sans contribuer en retour.
Cependant, pour de nombreux utilisateurs, ce virage traduit surtout une perte de confiance envers la communauté et une logique purement commerciale, qui rompt avec les principes de l’open source.
Les conséquences sont notables :
- Perte de transparence sur les mises à jour et correctifs de sécurité.
- Incompatibilité croissante entre les versions anciennes et les nouvelles images.
- Dépendance à un modèle SaaS/Enterprise qui ne convient pas aux environnements auto-hébergés.
Ce changement de paradigme replace MinIO dans la catégorie des solutions commerciales S3-compatibles, au même titre que Wasabi, Cloudian ou Backblaze B2 — loin de l’esprit initial du projet.
Une opportunité pour les alternatives libres
Si cette décision a déçu nombre de sysadmins, elle a aussi ravivé la scène du stockage open source.
Des projets comme Garage, SeaweedFS ou Zenko profitent de cette brèche pour proposer des alternatives plus ouvertes, parfois plus simples à maintenir.
En particulier, GarageHQ, développé en France, incarne une approche communautaire moderne :
- 100 % open source (AGPLv3) ;
- Conçu pour la géo-distribution et la résilience multi-nœuds ;
- Pensé pour les infrastructures légères et autonomes (PME, laboratoires, collectivités).
Cette diversité redonne espoir à ceux qui défendent un cloud souverain et auto-hébergé.
Les conséquences pour les infrastructures auto-hébergées
La disparition de MinIO Community Edition fragilise de nombreuses infrastructures auto-hébergées. Sauvegardes, clusters privés, intégrations logicielles : tour d’horizon des impacts concrets et des options disponibles.
Des milliers d’instances concernées
Depuis plusieurs années, MinIO CE s’était imposé comme le standard du stockage objet auto-hébergé.
Facile à déployer via Docker ou Kubernetes, il équipait :
- des clusters S3 internes pour la sauvegarde ou la réplication de données,
- des environnements Proxmox, Nextcloud ou WordPress,
- des infrastructures hybrides, combinant stockage local et cloud public.
Avec la suppression de la Community Edition, toutes ces installations se retrouvent privées de mises à jour de sécurité et d’évolutivité, ce qui représente un risque critique pour les entreprises et collectivités qui s’appuyaient sur MinIO pour leurs données sensibles.
Risques techniques et réglementaires
Les principaux risques identifiés sont doubles :
1. Sécurité et conformité
Sans mises à jour, les vulnérabilités connues ne seront plus corrigées.
Cela compromet la confidentialité des données et rend impossible la conformité RGPD dans un cadre professionnel.
2. Interopérabilité et maintenance
Les nouvelles versions clients (SDK AWS, rclone, Restic, etc.) peuvent devenir incompatibles avec les anciens endpoints MinIO.
De plus, la disparition de la console web rend le pilotage des buckets et des ACL beaucoup plus complexe, voire impossible sans compétences avancées en CLI.
Ces changements risquent d’entraîner une obsolescence technique accélérée des serveurs existants, surtout dans les petites structures sans DSI interne.
Des alternatives limitées… mais crédibles
Face à cette rupture, plusieurs solutions émergent :
- Garage : une alternative open source française légère, conçue pour les environnements géo-distribués.
- SeaweedFS : performant pour le stockage distribué à grande échelle, mais plus complexe à administrer.
- Ceph : puissant, mais souvent surdimensionné pour des PME ou des structures locales.
Dans ce contexte, Garage se distingue par sa simplicité, son agilité et sa compatibilité S3, en s’adressant spécifiquement aux acteurs de l’auto-hébergement qui refusent la dépendance à des licences commerciales.
L’enjeu de souveraineté numérique
Au-delà de l’aspect technique, la fin de MinIO CE illustre un enjeu plus profond : celui de la souveraineté des infrastructures de stockage.
Les entreprises qui avaient misé sur une solution libre, performante et auto-hébergeable doivent désormais repenser leur stratégie à long terme, en privilégiant :
- la transparence des licences,
- la pérennité du code source,
- et la capacité de reprise sans dépendance contractuelle.
C’est précisément dans ce contexte que des acteurs européens comme GarageHQ ou Scality reprennent de la visibilité.
Garage : une alternative open source française crédible
Développé par l’équipe de Deuxfleurs, Garage est un projet open source sous licence AGPLv3, hébergé sur GitHub (GarageHQ)
Son objectif : proposer un système de stockage objet distribué, S3-compatible, et auto-hébergeable sur des serveurs modestes, sans dépendance à une infrastructure propriétaire.
L’idée de départ vient d’un constat simple : la majorité des solutions S3 sont trop lourdes ou trop centralisées pour les petits acteurs. Garage adopte donc une approche radicalement différente :
- Architecture pair-à-pair (P2P), sans serveur central.
- Réplication automatique des données entre plusieurs nœuds.
- Compatibilité totale avec les API S3 (AWS SDK, rclone, Restic, etc.).
- Interface CLI claire, mais possibilité d’intégrer une interface web via des projets communautaires.
Ce positionnement fait de Garage un outil idéal pour les PME, associations, collectivités locales ou projets de recherche cherchant à héberger leurs données en interne.
Une approche souveraine et éco-responsable
L’un des atouts majeurs de Garage réside dans sa philosophie de sobriété et de résilience.
Contrairement à MinIO, Garage est pensé pour fonctionner sur des serveurs à faible consommation ou des nœuds hétérogènes répartis géographiquement.
Cette conception en fait un outil :
- robuste : tolérance aux pannes natives via réplication multi-nœuds,
- durable : pas besoin de serveurs coûteux ni de licences commerciales,
- souverain : le code et les données restent maîtrisés par l’utilisateur.
C’est une réponse européenne aux modèles de cloud centralisé dominés par AWS, Azure ou Google Cloud.
Une communauté active et transparente
Garage bénéficie d’une gouvernance communautaire ouverte : chaque version est documentée, chaque correctif est public, et les discussions sont visibles.
Cette transparence contraste fortement avec la nouvelle politique de MinIO, désormais centrée sur les licences et la monétisation.
La documentation officielle, les guides de déploiement, ainsi que les contributions communautaires (scripts Ansible, intégrations Kubernetes, dashboards Grafana) permettent une prise en main rapide, même pour les structures ne disposant pas d’équipes DevOps dédiées.
Pourquoi Garage séduit les administrateurs systèmes
Outre son ouverture, Garage séduit par :
- sa compatibilité S3 totale, sans dépendances externes ;
- son installation simple (un binaire, un fichier de configuration YAML) ;
- sa résilience géo-distribuée, permettant de relier plusieurs sites physiques (datacenters, bureaux, laboratoires) ;
- son éthique open source forte, sans piège commercial caché.
Pour un administrateur système ou un CTO externalisé, Garage représente une solution crédible, durable et évolutive, parfaitement adaptée à l’infogérance moderne.
MinIO vs Garage : comparatif technique et philosophique
MinIO et Garage partagent la même promesse — un stockage objet S3-compatible — mais incarnent aujourd’hui deux visions radicalement opposées : l’une commerciale et centralisée, l’autre libre et distribuée.
Deux philosophies, deux visions du cloud
Le changement de cap de MinIO marque une rupture nette avec ses origines. Là où MinIO visait initialement à démocratiser le stockage objet libre, il se positionne désormais comme un produit d’entreprise visant la performance et la monétisation.
Garage, à l’inverse, renoue avec la philosophie originelle de l’open source : simplicité, transparence et autonomie.
| Critère | MinIO (Enterprise) | Garage (Deuxfleurs) |
|---|---|---|
| Licence | Propriétaire | AGPLv3 (libre) |
| Langage | Go | Rust |
| Compatibilité S3 | Totale | Totale |
| Interface Web | Réservée à la version payante | CLI (interface web communautaire) |
| Architecture | Centralisée (nœuds synchronisés) | Distribuée (pair-à-pair) |
| Réplication | Asynchrone entre nœuds | Native et automatique |
| Tolérance aux pannes | Via mode Distributed/Erasure Coding | Native par conception |
| Souveraineté | Dépendance à MinIO Inc. | Totale, projet communautaire |
| Public cible | Grandes entreprises, hyperscalers | PME, collectivités, labs, auto-hébergeurs |
| Ressources système | Moyennes à élevées | Très légères |
| Modèle économique | Abonnement, support commercial | Gratuit, contributions libres |
Performances et cas d’usage
MinIO conserve l’avantage en matière de performance brute et d’intégration Kubernetes avancée.
Son moteur Go est optimisé pour les gros volumes et les clusters multi-teraoctets, mais au prix d’une complexité d’administration accrue et d’un verrouillage logiciel.
Garage, de son côté, vise un usage plus léger :
- environnements multi-sites à faible bande passante,
- PME ou collectifs hébergeant leurs données,
- laboratoires de recherche nécessitant un stockage résilient sans cloud public.
En pratique, un cluster Garage consomme jusqu’à 70 % de ressources en moins qu’un équivalent MinIO, tout en offrant une meilleure résilience géographique.
Sécurité et transparence
Garage met en avant une approche de sécurité intégrée par conception : chiffrement au repos, contrôle d’accès fin, et réplication chiffrée entre pairs.
Le tout sans dépendre d’un service tiers.
MinIO, bien qu’efficace sur le plan du chiffrement et du multi-tenant, place désormais ces fonctions derrière des licences propriétaires, ce qui limite leur adoption dans les environnements communautaires ou associatifs.
Côté transparence, la différence est nette :
- Garage publie tous ses correctifs et tests en open source.
- MinIO limite désormais l’accès au code complet et aux images de build.
Une bataille symbolique dans le cloud open source
Le contraste entre MinIO et Garage illustre deux approches du cloud libre européen :
- celle du produit commercial dérivé du libre (MinIO, Elastic, Redis) ;
- celle du commun numérique souverain (Garage, Ceph, Nextcloud).
Pour un CTO externalisé ou un architecte infrastructure, ce choix dépasse la technique : il touche à la philosophie d’exploitation, à la durabilité du code, et à la liberté de maintenance.
Guide pratique de migration de MinIO vers Garage
Migrer de MinIO Community Edition vers Garage demande méthode et anticipation. Ce guide présente les étapes clés pour assurer une transition fluide, sans perte de données ni interruption de service.
1. Préparer la migration
Avant toute manipulation, il est essentiel d’évaluer l’état actuel de votre infrastructure MinIO.
Effectuez :
- Un inventaire complet des buckets, politiques ACL et utilisateurs.
- Une sauvegarde totale des configurations et des métadonnées.
- Une vérification des dépendances : scripts, SDK, services (Proxmox, Nextcloud, applications web, etc.) connectés à MinIO.
Astuce CTO Externe : utilisez
mc admin infoetmc ls --recursivepour lister vos buckets et métadonnées avant export.
Ensuite, assurez-vous de disposer :
- d’un environnement de test isolé,
- d’au moins deux à trois nœuds Garage (même sur de petites VM),
- d’un nom de domaine ou sous-domaine dédié à la nouvelle instance S3.
2. Installer et configurer Garage
Garage est simple à déployer. Vous pouvez utiliser :
- un binaire Rust directement sur vos serveurs (
apt install garageou compilation depuis GitHub), - ou des images Docker officielles via
docker-composeouPodman.
Exemple minimal :
version: « 3 »
services:
garage:
image: dxflrs/garage:latest
volumes:
– ./garage-data:/var/lib/garage
– ./garage.toml:/etc/garage/garage.toml
network_mode: host
Le fichier garage.toml contient vos nœuds, clés d’accès et paramètres de réplication.
Une fois le cluster initialisé, exécutez :
garage node connect
garage node status
garage bucket create my-bucket
Pensez à définir une réplication sur plusieurs nœuds (
replication_factor = 2 ou 3) pour éviter toute perte en cas de panne.
3. Migrer les données depuis MinIO
La migration des objets peut se faire via rclone, mc mirror (MinIO Client) ou des scripts aws-cli.
Exemple :
rclone sync minio:my-bucket garage:my-bucket --s3-provider Minio \
--s3-endpoint https://minio.domain.tld \
--s3-access-key --s3-secret-key
Cette approche garantit une migration incrémentale et permet de garder MinIO en service pendant la copie.
Vous pouvez ensuite basculer les applications progressivement vers le nouvel endpoint Garage.
4. Adapter les applications et scripts
Une fois la migration validée :
- Mettez à jour les variables d’environnement (endpoints, clés, ports).
- Modifiez les connecteurs S3 dans vos CMS ou API.
- Testez les droits d’accès (ACL) et la gestion des versions si utilisée.
Garage étant 100 % compatible S3, la plupart des SDK (AWS, rclone, restic, etc.) fonctionnent sans changement majeur.
5. Tester, monitorer et sécuriser
Avant mise en production :
- Comparez les tailles de buckets (
du -shourclone size) pour valider l’intégrité. - Surveillez la charge via Prometheus ou Grafana (Garage exporte des métriques en natif).
- Configurez la sauvegarde régulière des métadonnées et des clés d’accès (
garage admin export).
Enfin, testez la résilience multi-nœuds en simulant la coupure d’un serveur : les données doivent rester accessibles depuis les pairs restants.
Cas d’usage et retours du terrain
De nombreuses structures — entreprises, laboratoires et collectivités — ont déjà franchi le pas vers Garage. Voici un panorama des déploiements réussis et des enseignements concrets issus de ces migrations.
1. PME et agences numériques : reprendre le contrôle de leurs données
Les agences web et entreprises technologiques utilisant MinIO CE pour stocker leurs assets ou backups (sites WordPress, PrestaShop, Symfony, etc.) ont été les premières à subir les effets du changement de licence.
Chez plusieurs clients de CTO Externe, la migration vers Garage s’est faite progressivement :
- Mise en place d’un cluster de 3 nœuds Debian légers (2 vCPU, 4 Go RAM).
- Migration automatisée via
rclonependant la nuit, sans interruption de service. - Intégration à un environnement supervisé par Grafana + Prometheus.
Résultat :
« Nous avons divisé nos coûts d’hébergement par deux et gagné en transparence sur la gestion des données », indique un directeur technique d’agence.
Cette adoption illustre la maturité de Garage pour la production, même à petite échelle.
2. Collectivités et hébergements publics : souveraineté avant tout
Plusieurs collectivités locales et structures publiques françaises ont entamé une migration vers Garage dans une logique de souveraineté numérique.
Leur motivation :
- se libérer des dépendances à des éditeurs étrangers,
- sécuriser des données sensibles (documents administratifs, plans, sauvegardes métiers),
- bénéficier d’une architecture géo-répliquée entre différents sites.
Exemple typique : un syndicat intercommunal a déployé Garage sur trois datacenters régionaux reliés en fibre.
Chaque nœud héberge ses données locales, tout en participant à un cluster unique, garantissant résilience et continuité de service même en cas de panne d’un site.
3. Laboratoires et universités : stockage distribué pour la recherche
Les laboratoires de recherche adoptent Garage pour sa simplicité et sa géo-distribution native.
Contrairement à Ceph ou OpenIO, Garage permet de mutualiser du matériel hétérogène (serveurs modestes, nodes bare-metal, Raspberry Pi 5, etc.) sans dépendre d’un orchestrateur lourd.
Cette flexibilité rend Garage particulièrement adapté aux projets scientifiques, éducatifs ou associatifs, où les ressources sont limitées mais la continuité des données est cruciale.
4. Entreprises industrielles : la sobriété numérique comme stratégie
Dans l’industrie, certaines entreprises voient dans Garage un outil de résilience et d’efficacité énergétique.
En remplaçant MinIO par Garage sur des serveurs à faible consommation, elles réduisent leur empreinte énergétique tout en conservant la compatibilité avec leurs outils existants.
Un cas concret : une PME industrielle utilisant Garage pour stocker les journaux de production et les rapports IoT, synchronisés depuis plusieurs usines européennes.
Les gains observés :
- -40 % de bande passante consommée,
- +25 % de disponibilité,
- un coût de maintenance quasi nul grâce à la simplicité du cluster.
Une transition plus culturelle que technique
Ces retours montrent que la migration vers Garage n’est pas seulement une opération technique, mais un choix de gouvernance numérique :
- reprendre la main sur ses données,
- garantir la pérennité de son infrastructure,
- s’affranchir des modèles économiques fermés.
Garage devient ainsi un symbole de résilience numérique et une vitrine du savoir-faire open source européen.
Bonnes pratiques de production et de supervision
Une fois la migration vers Garage effectuée, la fiabilité et la pérennité du système reposent sur la qualité du déploiement, du monitoring et des procédures de sauvegarde. Voici les recommandations essentielles pour une exploitation stable et sécurisée.
1. Sécuriser l’infrastructure Garage
Comme tout système distribué, Garage doit être sécurisé dès sa mise en ligne :
- Limiter les ports exposés (généralement 3900 pour l’API et 3901 pour le cluster).
- Utiliser un reverse proxy sécurisé (HAProxy, Traefik ou Nginx) pour chiffrer les flux via TLS.
- Activer le chiffrement au repos pour tous les objets sensibles.
- Isoler les clés d’accès S3 et privilégier des politiques à privilèges minimaux.
Astuce CTO Externe : dans les environnements mutualisés, configurez des comptes S3 séparés par application (par exemple :
nextcloud,proxmox,backup), avec des ACL explicites.
2. Superviser les performances et la santé du cluster
Garage propose nativement des exporters Prometheus, permettant un suivi fin via Grafana.
Les métriques clés à surveiller :
- disponibilité des nœuds (
garage_node_status), - latence des requêtes,
- occupation disque,
- réplication en attente.
Une supervision bien configurée permet de détecter les désynchronisations ou les problèmes de réplication avant qu’ils n’affectent la production.
Pour les environnements multi-sites, pensez également à configurer des alertes Alertmanager en cas de perte de nœud.
3. Gérer les sauvegardes et les métadonnées
Même si Garage réplique les données entre nœuds, il reste indispensable de sauvegarder les métadonnées et la configuration :
- Exécutez régulièrement :
garage admin export > /backup/garage-config-$(date +%F).yaml
- Externalisez cette sauvegarde sur un autre système (NAS, cloud, PBS).
- Testez la restauration complète une fois par trimestre.
Cette approche garantit la continuité de service, même en cas de panne matérielle ou de corruption de données.
4. Optimiser la résilience et la géo-distribution
Pour les infrastructures étendues (multi-sites ou multi-datacenters) :
- Déployez au moins trois nœuds physiques distincts.
- Activez la réplication factorisée (
replication_factor = 3) pour éviter la perte d’un shard. - Synchronisez les horloges via Chrony ou NTP pour assurer la cohérence des journaux.
- Vérifiez périodiquement la consistance des blocs via
garage check.
Garage supporte très bien la latence inter-sites, mais il reste prudent d’optimiser la bande passante entre pairs, surtout pour les synchronisations initiales.
5. Intégrer Garage dans la stack de supervision globale
Pour une visibilité complète, intégrez Garage à votre système de supervision existant :
- Grafana + Prometheus pour la télémétrie et l’analyse de charge.
- Alertmanager ou Uptime Kuma pour les alertes en cas d’incident.
- VictoriaMetrics ou LibreNMS pour le monitoring réseau et les flux inter-nœuds.
Chez CTO Externe, ces outils sont intégrés dans les environnements d’infogérance, garantissant une supervision unifiée des serveurs et du stockage.
6. Maintenir la documentation et les procédures internes
Une infrastructure bien tenue repose sur des procédures claires.
Pensez à documenter :
- la procédure d’ajout ou retrait de nœud,
- les commandes de maintenance (
garage node rm,garage repair), - les routines de sauvegarde,
- les seuils d’alerte critiques.
Cette documentation est précieuse pour assurer la continuité du service, même en cas de changement d’équipe ou d’infogérant.
Perspectives : vers un nouvel écosystème de stockage libre
La disparition de MinIO Community Edition marque un tournant historique pour le stockage objet open source. Ce bouleversement ouvre la voie à une nouvelle génération d’alternatives libres, plus transparentes, plus légères et surtout plus souveraines.
La fin d’un modèle… et le renouveau du libre
MinIO a longtemps incarné la réussite technique et économique du logiciel libre dans le cloud.
Mais son recentrage sur une offre commerciale propriétaire rappelle une réalité : la gratuité du code ne suffit pas à garantir la pérennité d’un modèle communautaire face aux géants du cloud.
Ce glissement pousse aujourd’hui les acteurs du libre à repenser leur approche :
- financement par des fondations et dons utilisateurs (comme Deuxfleurs pour Garage),
- mutualisation des infrastructures via des coopératives techniques,
- promotion de modèles ouverts, auditables et responsables.
Autrement dit, la fin de MinIO CE n’est pas une défaite : c’est un signal de réorganisation pour l’écosystème du stockage libre.
L’essor d’un cloud souverain et éthique
L’émergence de projets comme Garage, mais aussi SeaweedFS, Nextcloud Storage ou Scality Ring, montre une tendance forte :
la montée en puissance d’un cloud souverain européen, basé sur la collaboration plutôt que la dépendance.
Ces solutions s’intègrent désormais dans des architectures modernes :
- clusters Proxmox, Kubernetes ou Docker,
- supervision Prometheus/VictoriaMetrics,
- CI/CD auto-hébergées avec GitLab Runner ou Woodpecker.
Elles répondent aux besoins des PME, collectivités et institutions qui souhaitent rester maîtres de leurs données tout en respectant les principes du numérique responsable.
Un futur plus clair et plus libre
Le monde du stockage objet open source entre dans une nouvelle phase.
L’enjeu n’est plus seulement de concurrencer les clouds propriétaires, mais de bâtir un écosystème interopérable, éthique et durable, capable de résister aux logiques de verrouillage.
MinIO a ouvert la voie, mais Garage et ses successeurs redéfinissent désormais les standards : légèreté, clarté, souveraineté.